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En 1887, les nouveaux laboratoires de l'Institut Pasteur à Paris permettent à Louis Pasteur de rassembler autour de lui une importante équipe de scientifiques, déjà internationale. En cette fin de siècle, les temps sont à la diffusion du savoir scientifique et à la lutte contre des maladies plus lointaines, la peste, le paludisme, la maladie du sommeil et bien d'autres encore, qui sollicitent la curiosité des chercheurs en même temps qu'elles constituent des problèmes majeurs de santé publique dans les régions du monde qu'elles frappent. Les temps sont aussi à l'utilisation des produits de la recherche scientifique par les responsables politiques et économiques du moment. Elèves et pasteuriens essaiment donc, riches du savoir qui leur a été transmis et avides de le transmettre à leur tour, en même temps que de conquérir ce que nous appellerions de nos jours de "nouvelles frontières" biomédicales. Pour eux, il s'agissait d'abord de faire bénéficier les populations de ces lointains pays des découvertes de la science. La mission de Calmette était de protéger les habitants de l'Indochine contre la rage et la variole par la vaccination ; celle de Loir, d'aider les viticulteurs en Tunisie à résoudre les problèmes qu'ils rencontraient dans la fermentation du jus de raisin ; celle de Yersin, de lutter contre la peste humaine. A l'expérience
cette action, de type humanitaire, devait à son tour faire progresser
la science. Ainsi, Albert Calmette Un trait commun, la passion du terrain, unit aussi les anciens pasteuriens à leurs collègues actuels des Instituts Pasteur, qu'ils soient français ou étrangers. Si Yersin a identifié le bacille de la peste à Hong Kong en 1894 dans la pure tradition pasteurienne, ce sont les études de Simond, un autre pasteurien en mission à Bombay, qui conduisent à reconnaître un peu plus tard les voies de propagation de la maladie. Puis grâce à des études de terrain, Baltazard découvre un nouveau mode de conservation de la peste à la fin des années 1950 à l'Institut Pasteur de Téhéran, ce qui permet de comprendre le caractère cyclique du retour de la maladie. C'est encore grâce à une étude sur le terrain que la relation entre la peste et la modification du stockage du riz dans les villages a été mise en évidence cette année à l'Institut Pasteur de Madagascar. A l'Institut Pasteur de Dakar, le vaccin de la fièvre jaune a été découvert par Laigret, c'était le seul vaccin utilisé dans les anées 30-60 en Afrique Francophone. L'Institut Pasteur de Madagascar a vu la découverte du premier vaccin vivant atténué efficace contre la peste par Girard et Robic. A l'Institut Pasteur d'Alger, Edmond Sergent a décrit la prémunition anti palustre dans les années 20, cette description n'a pas trouvé d'égal depuis. La peste n'est ici qu'un exemple, il en est de même pour la tuberculose, le paludisme ou le sida, ou même des maladies nouvelles. Mais s'ils contribuent à fonder des laboratoires à l'étranger à l'image de l'Institut Pasteur à Paris, en général ils ne le font pas seuls. Parfois c'est à la demande explicite d'un gouvernement étranger, comme à Athènes, Téhéran, Bangkok ou Shanghai, conscient de l'importance d'installer un centre de vaccination et de recherche en maladies infectieuses. Plus rarement, l'initiative est privée comme à Pétrograd, l'actuelle Saint-Pétersbourg. Mais le plus souvent, le pasteurien en mission à l'étranger se trouve confronté puis associé aux besoins des services de santé de l'administration civile de la France d'outre-mer, et des services de santé militaire. L'histoire retient d'ailleurs l'importance déterminante des médecins militaires dans la création et l'expansion de ces Instituts Pasteur exotiques et de celle de personnalités généralement hors du commun. C'est dans ces conditions que le premier Institut Pasteur à l'étranger fut créé en 1891 au Vietnam par Calmette, avec pour mission explicite d'instituer la vaccination contre la rage et la variole en Asie du Sud-Est. Bien d'autres furent créés ensuite, toujours en Asie, comme le laboratoire de Yersin à Nha-Trang, transformé en Institut Pasteur en 1905. Les créations sont aussi particulièrement nombreuses en Afrique. Au Maghreb d'abord : le premier Institut est fondé à Tunis en 1893, suivi par ceux d'Alger et de Rabat. S'y ajoutent progressivement celles de laboratoires un peu partout en Afrique et à Madagascar pour faire face à la fièvre jaune, au paludisme, à la maladie du sommeil ou à la lèpre. La liste, très longue, est pour l'essentiel celle des Instituts Pasteur et Instituts associés du réseau actuel. Avant 1970, tous ces Instituts Pasteur paraissaient isolés, sans véritable contact entre eux ; les relations ne semblaient s'établir qu'avec l'Institut Pasteur à Paris. Puis à partir de 1972, sous l'impulsion de Jacques Monod, la création du conseil des Directeurs des Instituts Pasteur a provoqué un changement considérable. Grâce à la mise en place de ce conseil, à sa réunion annuelle, aux rencontres et aux échanges auxquels il a donné lieu, chacun de ses membres a pris conscience de l'existence d'un patrimoine commun à faire fructifier. De cette volonté
politique sont nés un nouvel état d'esprit et une dynamique.
Certains instituts développent en commun des programmes de recherche
grâce à la création de groupes d'études par
discipline, en virologie, en parasitologie, etc. Aidés par des
experts de ces disciplines, les directeurs coordonnent leurs programmes
et font chaque année le point des travaux en cours. Progressivement, s'est constituée au-delà des frontières des Instituts, l'esquisse d'une communauté scientifique pasteurienne d'outre-mer. L'appellation d'"Institut Pasteur d'outre-mer" ne semblait d'ailleurs plus correspondre au nouvel état d'esprit et elle a été remplacée en 1988 par celle de "Réseau international des Instituts Pasteur et Instituts associés. Ces dernières années, le multipartenariat a bénéficié de l'instauration des mesures importantes visant à le renforcer : la signature par tous les Instituts de la Déclaration générale de coopération scientifique, et plus récemment de la charte du Réseau, expression de l'adhésion de chacun à la communauté scientifique pasteurienne; l'élection statutaire, comme membres de l'Assemblée, organe suprême de l'Institut Pasteur à Paris, de douze directeurs choisis par leurs pairs. Cette réforme traduit la volonté de l'Institut Pasteur à Paris de faire participer les membres du Réseau à son administration ; la création d'un "Fond Calmette" en 1991, dont le revenu permet chaque année l'attribution de bourses de formation ou d'échange ; la mise en place d'une commission de classement inter-Etat dont le rôle est de suivre et d'assurer en toute indépendance la carrière des chercheurs nationaux. Ne fonctionnant actuellement que pour quelques Instituts, cette commission consultative pourrait voir son rôle s'étendre à la demande. Enfin, l'instauration du comité scientifique du Réseau, véritable force de proposition auprès du Délégué général, permettra au Réseau d'assurer mieux encore le développement des interactions et la valorisation de son potentiel. Sont également à l'étude diverses mesures qui devraient faciliter les communications et les échanges ultra-rapides d'informations. Le Réseau est tout d'abord une aventure humaine, vécue par des hommes de qualité, des hommes de cultures différentes, unis par une même foi dans la rigueur scientifique, liés par une tradition dont le ciment s'est nourri des difficultés quotidiennes, mais aussi de la chaleur des relations humaines, du regard de l'autre. Cette aventure unique au monde a traversé un siècle d'histoire, dans une indépendance remarquable vis-à-vis des idéologies religieuses ou politiques, et c'est en ce sens que l'on peut parler d'une philosophie du Réseau. |
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